Reconstitution son et lumière de la prise de la batterie de Merville par les Paras
britanniques comme vous pourrez la revivre en visitant la batterie.
La batterie de Merville est l'une des plus importantes batteries côtières du mur de l'Atlantique. Construit à l’initiative de l'armée allemande pendant la Seconde Guerre
mondiale, elle se retrouve au cœur du dispositif défensif du débarquement de Normandie, constituant ainsi un des objectifs majeurs du D-Day.
Photographies 1, 2, 3 et 4 : vues générales de la batteries de Merville. Coll. LARGEAUD Jonathan. Droits
réservés.
1 – La batterie allemande.
La batterie de Merville était l'une des batteries côtières de tir longue portée disposées le long du littoral normand. La
batterie était constituée de quatre grosses casemates sensées abriter des canons de campagne de 150 mm.
Ci-dessus et ci-dessous : une des batteries, avec encuvement de la pièce de 100 mm, abris
pour les servants et dépôts de munitions. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
Mais l’achèvement opérationnel du site défensif n’étant pas encore arrivée à son stade final, les canons étaient en réalité de
vieux canons de 100 mm, beaucoup moins puissants. Les travaux de construction remontent au début 1941 et se prolongeront jusqu’en août 1942 (pour les casemates 1 et 2) et à mai
1944 (pour les casemates 3 et 4). C’est donc très tôt, soit au tout début de l’Occupation que les Allemands prennent conscience de la
possibilité d’un débarquement allié dans cette zone du littoral français.
Point de fixation de la pièce de 100 mm avec inscriptions gravées dans le béton à sa construction. Il s'agit de l'un des deux premiers encuvements puisque
remontant au 26 juillet 1941. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
La puissance de feu de la batterie est constituée de quatre obusiers de 100 mm, pesant 2 900 kg, ayant une portée maximale de 10 km, cadence de tir 6-8
coups par minute.
Les Trois photographies (une ci-dessus et deux ci-dessous) : les différents Blockhaus de
la batterie de Merville. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
Bien dissimulées du repérage aérien du fait d’un camouflage efficace et de l’enterrement partiel ou total des casemates,
celles-ci étaient prolongées par deux ailes en béton et accompagnées de soutes à munitions, d'abris, d'un poste de commandement souterrain avec
périscope et de multiples
tranchées bétonnées et couvertes. L'ensemble du périmètre était protégé par deux ceintures de barbelés et par un champ de mines.
2 - Attaque aéroportée.
Menaçant le secteur de débarquement de Sword Beach (zone de débarquement de la 5ème armée britannique) et difficile à neutraliser malgré les
bombardements aériens, il fut décidé de la neutraliser par un bombardement aérien suivi d'une opération aéroportée dans la nuit précédant le débarquement. Cette opération fut confiée au lieutenant-colonel Terence Otway, à la tête du
9e bataillon parachutiste de la 6e division aéroportée britannique. Mais le plan complexe élaboré par Oway ne se déroula pas du tout comme
prévu.
Le poste de pilotage d'un planeur Horsa du type ayant participé à l'attaque sur la Batterie de Merville mais également sur Pegasus Bridge. Coll. LARGEAUD
Jonathan Droits réservés.
3 – Un plan d’attaque très ambitieux.
Les Alliés pensaient qu’après un raid aérien massif orchestré par une centaine de Lancaster et de Halifax de la RAF à 0h30, soit quelques heures avant
l'opération aéroportée, devait permettre de détruire la position ou au moins lui infliger des dégâts considérables à ses défenses, ce qui faciliterait par conséquent l'action des troupes
aéroportées. Quatre hommes devaient être parachutés avant ce bombardement non loin de la batterie puis une fois le bombardement effectué s'en approcher et nettoyer discrètement un passage au
travers des barbelés et des mines.
Ci-dessus et ci-dessous : tranchées bétonnées reliant les diverses pièces de la batterie et les ouvrages fortifiés. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
À 00h50, soit 20 minutes après le bombardement aérien, le gros du 9e bataillon parachutiste toucherait le sol et devait atteindre la batterie vers 4h00
du matin. Avec eux, se trouverait des soldats du 591e escadron parachutiste des Royal Engineers, les troupes de génie britannique, et une pléthore d'équipements dont des dispositifs anti-mines, des
torpilles Bangalore
contre les barbelés et deux canons de la 4e batterie anti-tank aéroportée, qui seraient utilisés pour détruire les portes blindées d'accès aux casemates.
À 04h30, l'escadron n°4 devait faire une attaque de diversion à la porte principale tandis que deux groupes de tireurs d'élite devaient faire feu sur les troupes
ennemies occupant les différents emplacements de tir : canons, nids de mitrailleuses et tours antiaériennes. Ensuite trois planeurs Horsa transportant le gros de la compagnie A du bataillon et des
troupes supplémentaires du génie devaient se poser à l'intérieur même de l'enceinte de la batterie et leurs troupes attaquer chacune des casemates à la mitraillette et au lance-flamme. Au même
moment la compagnie C procèderait à l'assaut par les passages nettoyés dans les champs de mines, rapidement suivi par le reste de la compagnie A puis de la compagnie B.
En cas d'échec, le croiseur léger britannique HMS Arethusa croisant au large ouvrirait le feu sur la batterie à 05h30 si aucun signal du succès de l'opération
aéroportée n'était reçu.
4 – Le déroulement de l’attaque.
À cause d'erreurs de navigation, d'un ciel bas et de pathfinders (bombes éclairantes) lâchés dans une mauvaise direction, les parachutistes du 9e bataillon se retrouvèrent dispersés
jusqu'à 16 km de la zone d’opération. Le lieutenant-colonel Otway attendit au point de rendez-vous mais vers 02h50 seuls 150 des 600 hommes étaient arrivés sur place. Mais beaucoup de troupes et
de matériels manqués : pas de jeeps, canons anti-chars, mortiers, détecteurs de mines, personnel médical, sapeurs et personnels en charge de la liaison navale n'étaient
arrivés.
Ci-dessus et ci-dessous : le dépôt de munitions de la batterie. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
Le temps pressant, Otway n'eut d'autres choix que d'attaquer avec les troupes dont il disposait. Quand le 9e bataillon arriva sur la batterie, ils trouvèrent le
groupe de reconnaissance de 4 hommes qui avaient lui réussi sa mission, ayant étudié les positions allemandes et nettoyé quatre passages à travers le champ de mines. Sur place Otway ne put que
constater l’échec du bombardement de la RAF, les bombardiers ayant complètement raté leur cible du fait des erreurs dans le largage des pathfinders, les avions lâchant leurs bombes trop au sud,
n'infligeant aucun dégât à la batterie et à ses défenses mais ayant manqué de liquider le groupe de reconnaissance.
Vers 04h30, le bataillon fut réorganisé en 4 groupes d'assaut, mené par le major Parry et comprenant les compagnies A et C, qui allaient opérer en passant par deux
des chemins ouverts à travers le champ de mines. Alors qu'ils se regroupaient, ils furent repérés et 6 mitrailleuses allemandes ouvrirent le feu sur le flanc du bataillon. Un petit groupe de
parachutistes mené par le sergent Knight engagea alors trois des mitrailleuses près de la porte principale, chargeant leurs servants allemands à la baïonnette et à la grenade, tandis que la seule
Vickers disponible (une mitrailleuse)
engageait le feu sur l'autre flanc. Knight mena alors son groupe aux abords de la porte principale, improvisant une diversion en attaquant et tirant avec tout ce dont il disposait et réussit à
déconcerter les Allemands qui ne purent exercer un tir de fixation.
Pendant ce temps, deux des planeurs d'assaut approchaient de la batterie, le troisième avait rompu son attache au-dessus de l'Angleterre. Ils devaient être guidés
depuis le sol par des balises lumineuses Eureka mais aucune d'elles n'avaient pu être récupérées du parachutage, les pilotes devaient donc atterrir à vue. Mais celle-ci était obscurcie par les
nuages et la fumée consécutifs au bombardement. L'un des planeurs confondit le village de Gonneville, bombardé par la RAF et en feu, à 3 km de leur objectif avec celui de Merville. Le second trouva la
batterie mais alors qu'il faisait son approche finale, il fut engagé par un canon antiaérien de 20 mm, blessant quatre des hommes à l'intérieur et détournant le planeur de sa course qui alla se
vomir sur le sol à 700 mètres de la zone d’atterrissage.
Ci-dessus et ci-dessous : un C-47 très bien restauré par l'amicale de la batterie. Il provient de l'ex-Yougoslavie où il stationnait en attendant d'être ferraillé. Pendant la guerre, il
avait même été transformé en mess par les soldats français en opération dans ce secteur. Coll. LARGEAUD Jonathan Droits réservés.
Alors que les planeurs s'approchaient, Otway donna l'ordre d'attaquer. Les torpilles Bangalore furent mises à feu pour détruire les barbelés, et les 4 groupes
d'assaut chargèrent. Dans l'obscurité, les passages marqués dans le champ de mines n'étaient pas clairement visibles et certains hommes s'en écartèrent et marchèrent sur des mines. Trois canons
allemands firent feu sur les groupes d'assaut mais ils furent engagés par les mitrailleurs du bataillon et les tireurs d'élite. Au milieu du feu ennemi et de l'explosion des mines, les
parachutistes tiraient à la mitraillette et lançaient des grenades sur tous les points fortifiés qu'ils rencontraient tout en chargeant vers les casemates. Au départ prise par surprise, la
garnison allemande se reprit rapidement, en premier lieu en tirant des fusées éclairantes dans le ciel pour illuminer la zone, puis en menant un bombardement d'artillerie au-delà de la ceinture
de barbelés et même en organisant un tir d'une batterie allemande de Cabourg vers le champ de mines.
Otway ordonna à ses réserves de s'occuper des derniers canons allemands qui tiraient sur les groupes d'assaut, qui commençaient alors à forcer les casemates et
engageaient un combat au corps à corps avec leurs défenseurs. Les canons devaient initialement être détruits avec des explosifs spéciaux, mais ceux-ci n'avaient pu être récupérés lors du
parachutage. Ils furent donc mis hors d'usage un par un en utilisant les bombes Gammon anti-chars que chaque parachutiste avait avec lui. Le combat commença à diminuer d'intensité au fur et à
mesure que la garnison allemande faiblissait. A 5h00, la garnison allemande déposa les armes. La garnison allemande comprenait environ 130 hommes mais à la fin du combat, six soldats seulement
étaient encore valides. Sur les 150 parachutistes britanniques, 65 furent tués ou blessés.
La destruction des canons, même s'il ne s'agissait que de 100 mm obsolètes à la menace moindre que les calibres de 150 mm attendus, permit néanmoins de sauver de
nombreuses vies sur les plages. L'assaut sur la batterie de Merville par une petite force aéroportée mal équipée, restera l'un des exploits du D-day et l'un des faits de gloire du régiment
parachutiste britannique.
Dans les 48 heures qui suivirent, les Allemands seront de retour dans la batterie et deux canons engageront le feu contre les plages. Mais pendant les heures
critiques du débarquement, la batterie de Merville sera restée silencieuse et déserte. L’objectif était donc parfaitement rempli.
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